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Pierre Soulages, Peinture 125 x 202, 24 juin 1959, huile sur toile signée et datée, 125 x 202 cm. Estimation : 800 000/1 000 000 €

Les années 50 seraient-elles à la mode ? En octobre dernier, la vente de la collection Alain Delon confirmait la ferveur des amateurs pour cette fameuse décennie. La dispersion, qui empochait la coquette somme de 8 740 000 €, soit presque le double du produit attendu, consacrait ainsi la suprématie de la peinture abstraite et la préférence pour les artistes français d’ après-guerre. On ne s’étonnera donc pas de voir figurer dans ce rendez-vous versaillais des toiles de ce fameux cru, de surcroît de tout premier choix. Cette sélection, justement, fait la part belle aux toiles des années 50. On relèvera ainsi une Composition de Serge Poliakoff datant de 1958. L’imbrication colorée reproduite dans l’ouvrage de Jean Cassou, Artistes de notre temps, est estimée 200 000/250 000 €. Jean-Michel Atlan est pour sa part représenté avec une toile majeure, considérée par la maison versaillaise comme l’un des "trente tableaux les plus importants de l’artiste". Cette Antinea de 1957 est estimée 200 000/250 000 €. Mais la pièce phare de notre ensemble est cette toile de Pierre Soulages datée de 1959, millésime particulièrement goûté des amateurs (voir photo). Depuis juin 2006 en effet, une toile de 1959 occupe la première place du palmarès de l’artiste, 1 199 200 € enregistrés à Paris par Sotheby’s. Durant cette décennie, le maître de l’outrenoir, en quête permanente de la lumière, introduit la couleur. Apparaissent alors des oeuvres dont le fond enduit de bleu, de rouge et quelquefois de jaune est recouvert de noir. Le geste, tout d’épure, révèle le coloris. Soulages travaille dans l’épaisseur de la matière picturale, pour aller chercher la couleur lumière et ainsi éclairer sa toile. "Une façon révélatrice de faire surgir la couleur, non à l’ajoutant au tableau, mais par déduction", notait Daniel Abadie dans un numéro de Connaissance des Arts publié à l’occasion de l’entrée de la donation Soulages dans les collections du musée Fabre de Montpellier. Ce travail sur la matière est aussi un aspect de l’oeuvre d’Antoni Tàpies. À partir des années 50, l’Espagnol met au point un nouveau langage formel basé sur l’utilisation de matières telles que le sable, la poudre et la terre... Tàpies supprime alors les références au sujet - enfin, presque. En témoignent ces Empreintes de pieds sur le sable de 1972, proposées ce dimanche entre 250 000 et 300 000 €. Antoni Tàpies crie sa colère dans des oeuvres devenues "champs de batailles où les blessures se multiplient à l’infini". Cette attitude destructrice, plus prégnante encore dans ses toiles lacérées, est proche des Colères d’un Arman. Avec son inclusion de contrebasse dans du Plexiglas de 1972 (300 000/350 000 €), nous sommes dans la négation totale des abstractions d’après-guerre... un joli pied de nez, en somme ! (courtesy www.gazette-drouot.com)

Versailles, dimanche 16 décembre, Versailles Enchères